ENTRETIEN. « Bouléguer, boudu, espanter, cagnard… c’est du français ! » soutient le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus

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l’essentiel Les mots et expressions de nos régions sont encore très employés dans notre langage quotidien. C’est notamment le cas dans le Sud-Ouest ou en Provence où ils participent à revendiquer une certaine identité locale. Décryptage avec le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus.

Bouléguer, espanter, cagnard, boudu, chocolatine, dégun, cafoutche… D’où viennent les mots et expressions typiques de nos régions que nous utilisons au quotidien ? Comment se perpétuent-ils dans notre parler et quelles fonctions ont-ils ? Réponses avec Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste, chroniqueur sur France Bleu Provence et maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille.

Comment expliquer que des mots ou expressions du Sud-Ouest, parfois venus de l’Occitan ou du patois, soient encore employés de nos jours malgré la mondialisation de notre société et les migrations entre les régions ?

Le français et ses parlers régionaux dont celui du Sud-Ouest sont des langues vivantes. Ces mots ou expressions c’est du français ! Ce n’est pas de l’exotisme même si ça nous amuse bien sûr. Ils correspondent à un vrai usage quotidien. On les emploie spontanément comme « chocolatine » ou « pitchoun » à Toulouse, ou « fada » ou « dégun » à Marseille. Parfois on n’a même pas l’autre mot en français standard qui nous vient. Tous ces mots sont aussi intégrés à une façon de parler qui va avec le corps, l’esprit, le geste, la posture.

Les utiliser est-ce aussi une manière de revendiquer d’où l’on est ?

Oui. Ils correspondent à un certain attachement à nos territoires. Une sorte de réaction par rapport à la globalisation. On a besoin d’être « quelque part » ou « de quelque part ». Cet attachement se fait de moins en moins par l’habitat ou la consommation mais par le parler. On a connu le rouleau compresseur de l’uniformisation, notamment au 19e siècle avec l’industrialisation et l’exode rural, et de la centralisation médiatique. Maintenant les Français se sentent Français de Toulouse, de Corse, de Bayonne,…

C’est comme dire fièrement chocolatine dans une boulangerie à Paris…

On en fait un débat français comme s’il y avait les pour et les contre mais ce n’est pas ça. Localement on dit comme ça et on vous « emmerde » ! On l’achète, on la mange et on n’a pas besoin qu’on nous dise comment le dire. On a le droit de nommer les produits comme on veut. Il faut à tout prix garder le mot chocolatine dans le Sud-Ouest.

Pourquoi des mots comme « péguer », « boudu » ou « tchaoupiner » s’emploient-ils fréquemment à l’oral mais beaucoup moins à l’écrit ?

Car l’écrit a été très standardisé, voire formaté, et il remplit aussi certaines fonctions plus formelles. Il est destiné souvent à une personne qui n’est pas en face de nous ou qu’on ne connaît pas. Il n’y a pas les gestes ou l’intonation qui donnent aussi des informations. Mais l’écrit est aujourd’hui de plus en plus utilisé de manière informelle par SMS, WhatsApp ou sur les réseaux sociaux. Ces mots d’ici sont alors utilisés – avec certains nouveaux et d’autres qui évoluent – ce qui montre une vitalité de notre langue. Mais il y a aussi une utilisation commerciale de ces mots ou expressions sur des T-shirt, des sacs ou des produits dérivés.

Y a-t-il plus de mots typiques dans le Sud-Ouest que dans d’autres régions ?

Il y a effectivement des régions et des villes où il y a plus de visibilité et de densité comme le Sud-Ouest, la Provence, le Pays basque, l’Alsace, Toulouse, Marseille, Nice… Ce sont des territoires métissés avec une résistance intellectuelle et culturelle forte où de nombreux chanteurs, comme à Toulouse, disent qu’ils sont bien ici avec les mots d’ici.

Ces mots ou expressions peuvent-ils parfois être perçus comme ridicules ?

Non pas du tout. Évidemment certains mots alsaciens comme « schluck » (NDLR : « gorgée ») ou « schmoutz » (NDLR : « bisou »)  font sourire mais on ne considère pas que c’est ridicule. Ils peuvent être rigolos ou cocasses, à l’image de certains mots de chez nous dans le Sud comme « cagadou » par exemple.

Quand on vous parle de Toulouse ou du Sud-Ouest, quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit ?

Pitchoun, boudu, macarel, péguer ou con… Le « con » est d’ailleurs très ponctuant à Toulouse, il est employé comme une virgule. On l’entend à peine parfois. Il est intégré à la musique de la langue. C’est du rythme. Avec en plus le phénomène phonétique qui fait qu’on le prononce « cong », comme d’autres mots en occitan. J’avais d’ailleurs fait une série radio sur les mots du sud où je l’avais mis à l’honneur.

Comment les nouveaux arrivants dans une région assimilent-ils ces mots et expressions ?

Au départ, quand on les entend, on ne les comprend pas forcément. Puis, avec le contexte ou des explications, on finit par les comprendre. Une fois qu’on les entend souvent on commence à les imiter pour faire local, de manière pas tout à fait naturelle. Et plus on fait ça, plus ça va rentrer dans notre usage et on finit par les intégrer totalement.

Médéric Gasquet-Cyrus, auteurs de nombreux ouvrages sur le sujet, sort prochainement « Ça se dit comme ça à Marseille » aux éditions Le Robert, dont il est directeur de collection. Au printemps 2025 sortira aussi « Ça se dit comme ça à Toulouse »

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