Expression politique en macronie : la parole autorisée sinon rien

Expression politique en macronie : la parole autorisée sinon rien
Expression politique en macronie : la parole autorisée sinon rien

Je ne traiterai pas ici du contenu de la parole politique. Ce qui retiendra mon propos c’est l’usage de la parole politique, sa liberté d’expression, son encadrement.

Deux faits assez banals président à l’écriture de ce billet : d’abord la polémique autour de l’interview que la secrétaire d’État à la ville a donnée au Journal du Dimanche du 6 août dernier alors que le journal passait sous la direction de l’ancien rédacteur en chef de Valeurs Actuelles, ensuite l’attaque initiée et organiser par le président du groupe parlementaire Renaissance à l’Assemblée nationale contre les universités d’été de LFI et de EELV.

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L’interview de la secrétaire d’État à la ville intervient dans le creux de l’été quelques jours seulement après le remaniement ministériel qui lui a permis d’obtenir ce maroquin. Elles ne pouvaient donc qu’attirer les regards de la presse toujours prête à faire « le buzz » au moment où ce journal (le JDD), avec la nomination d’un directeur venu de Valeurs Actuelles, concrétisait un virage vers la droite la plus réactionnaire voire l’extrême droite. En même temps, mais ce sont là des fake news par omission fréquente dans les médias, les journalistes oubliaient, par enchantement, de rappeler que la secrétaire d’État lorsqu’elle était députée s’exprimait régulièrement sur la chaîne CNews considérée comme proche de l’extrême droite. Comme pour l’affaire Marlène Schiappa et le magazine Playboy, l’absence d’autorisation préalable de la part de la première ministre chagrinait les journalistes ; ils étaient bien les seuls à être émus de ce manquement protocolaire oubliant que le président de la République a voulu un monde politique décomplexé vivant dans une sphère gouvernementale où les chaînes hiérarchiques ont été remisées à part celle qui part du Président. Peut-on alors penser que la secrétaire d’État à la ville, « Proche du couple présidentiel » écrit £e Monde, se sentait-elle sans doute autorisée ou peut-être l’avait-elle réellement été comme le laisseraient supposer les propos du journal £e Monde : « “C’est un choix personnel. Elle est ministre et revendique le fait de s’exprimer partout, compte tenu de son parcours personnel, de son expérience”, indique-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. »

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette affaire, déjà sortie des médias et quasiment oubliée 8 jours après la publication de l’interview, c’est la façon dont les commentaires des partis de gauche, de certains « intellectuels » et d’autres ministres ne portent quasiment que sur la participation de la secrétaire d’État à un journal qui « d’extrême droitise » en oubliant qu’elle était, en tant que députée, coutumière du fait et que le président de la République avait donné une ample interview à Valeurs Actuelles. On voit bien dans cette pratique de communication la volonté d’occuper le terrain médiatique même avec des sujets sans intérêt. Le ministre des transports, vraisemblable futur candidat à la Mairie de Paris, ne pouvait pas omettre de se saisir de cette situation pour faire parler de lui, fusse avec des propos creux et peut-être même dénués de sens : « On peut parler de tout, mais pas avec n’importe qui, ou à n’importe quel moment ». Certains autres membres du gouvernement voyaient là une occasion de sortir de l’anonymat comme la secrétaire d’Etat chargée de l’Europe qui a indiqué, rapporté par £e Monde, que « ça ne donn[ait] pas envie » de répondre à des interviews au JDD, avant de préciser sur X (anciennement Twitter), qu’elle irait « défendre partout les positions du gouvernement », ajoutant au discours dénué de sens une dose d’incohérence.

Que retenir de cette affaire ? Premièrement que le président de la République et la Première ministre ne maîtriseraient pas leur troupe dont les membres s’autorisent des prises de paroles en toute indépendance dans les médias, deuxièmement qu’il n’y a pas de solidarité entre les ministres chacun pouvant critiquer publiquement son collègue, troisièmement que les partis d’opposition (ici de gauche car la droite a été régalée par le contenu de l’interview de la secrétaire d’état) s’attachent, faute d’une idéologie forte et construite, à se battre contre des ombres, quatrièmement que « l’émotion » l’emporte sur les idées pourtant il y avait matière à débattre à propos des poncifs égrenés par la secrétaire d’état. Seuls quelques élus des quartiers populaires ont réagi sur le fond (£e Monde) : « “Elle utilise les poncifs les plus éculés, caricaturaux et mensongers sur l’argent qui coulerait à flots dans les territoires populaires. Tous les rapports sérieux, dont celui de Borloo [ministre sous Jacques Chirac] en 2018, ont démontré le contraire”, s’indigne Stéphane Troussel, président socialiste de la Seine-Saint-Denis. »

Mais, sous-jacente à l’interview et aux réactions qu’elles soient sur la forme ou sur le fond, cette affaire pose une question essentielle en démocratie : qui peut parler ou transmettre la parole ? Le ministre des transports y a partiellement et provisoirement répondu : « On peut parler de tout, mais pas avec n’importe qui, ou à n’importe quel moment » Il y aurait donc de « bonnes personnes » et d’autres à ne pas fréquenter, comme de bons et de mauvais médias. C’est ce que confirme Alain Minc donc dans une interview à France Info  : « Cette ministre dit que les membres du gouvernement doivent s’exprimer partout. Cela prouve qu’elle n’a pas compris le problème. Si elle disait, je vais à la Fête de l’Huma et je m’exprime dans Valeurs Actuelles, aucun problème. » ; ce que la secrétaire d’État n’a pas compris d’après Alain Minc c’est que sous la houlette de son nouveau propriétaire et de son nouveau directeur le Journal Du Dimanche a décidé « de faire abstraction de son ADN historique ». Là encore plusieurs questions se posent : est-il acceptable qu’un journal changeant de directeur modifie sa ligne éditoriale, peut-on dès lors que le journal a changé sa ligne éditoriale accepter d’y être interviewé ou refuser au seul fait du non-respect de l’histoire du journal, faut-il dissocier la direction du journal de sa rédaction et accepter que la rédaction soit autonome voire indépendante ? Les questions posées par la réaction d’Alain Minc pour intéressantes qu’elles soient sur le plan formel et philosophique, me semblent constituer une remarquable aporie à ce moment-là de l’histoire de la presse car aujourd’hui on ne compte plus le nombre d’organes de presse qui sont pour beaucoup d’entre eux aux antipodes de leur ligne rédactionnelle du moment de leur création et nous pourrions aussi creuser l’autocensure pratiquée par les journalistes ainsi que les critères de recrutement des journalistes : chaque téléspectateur, chaque auditeur et chaque lecteur sont à même de discerner la couleur politique voire idéologique du média consulté. Peut-être, pour sortir de cette aporie, faut-il se contenter de questions simples poser comme étant les fondations d’un débat de fond avant que de rentrer complètement et aveuglément dans ce débat : est-ce qu’un ministre peut s’exprimer n’importe où, peut-on appliquer la notion républicaine d’égalité de droit à tous les médias ?

Mais, poser ces questions exige que la politique redevienne le lieu de gestion du conflit par l’expression de l’esprit critique or comme on le lit dans la revue Humanisme 2017/4 (N° 317) : « Aujourd’hui, loin de chercher à identifier et résoudre les conflits, la vie politique cherche à imposer des consensus, à empêcher l’expression des divergences fondamentales, bref à marginaliser le rôle créatif de l’esprit critique. » Ce que dit « Humanisme » se voit dans l’intervention du nouveau président du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale rapportée par Le Parisien dans son édition du 12 août 2023 : « Après avoir demandé aux députés Renaissance de ne plus participer, jusqu’à nouvel ordre, aux articles du JDD sous la direction du journaliste d’extrême droite Geoffroy Lejeune, Sylvain Maillard récidive dans le même registre. Ce samedi, le nouveau patron du groupe du parti présidentiel à l’Assemblée nationale monte au créneau contre le rappeur Médine. Sylvain Maillard a ainsi demandé à la Première ministre à ce « qu’aucun ministre ne participe » aux universités d’été d’EELV et de LFI qui ont tous deux invité le chanteur à leur grand raout de rentrée. » L’attitude de ce député, peu riche en idées politiques et peu pourvu de culture historique, ne surprend pas quand on se souvient qu’il souhaitait faire voter une loi pour interdire l’antisionisme, au risque de créer ainsi un délit d’opinion dans la loi française. C’est dire que ce député extrêmement proche de l’extrême droite israélienne, particulièrement favorable à l’occupation des territoires palestiniens par les colons israéliens, trouve dans la discréditation du JDD et du rappeur Médine l’occasion d’interdire le débat, par là même il étouffe l’opposition politique au macronisme en vouant aux gémonies les deux seuls vrais partis d’oppositions : LFI et EELV, seuls capables d’obtenir plus d’élus que le parti présidentiel aux élections européennes de 2024. Il manifeste aussi par sa réaction l’ancrage de la stratégie de gouvernance du président de la République : faire taire les oppositions au Parlement par un usage intensif, jusqu’à la limite létale pour le Démocratie, de l’article 49-3 de la Constitution, faire taire les oppositions citoyennes en usant même illicitement (contrevenant à la morale et parfois à la légalité) du droit de dissolution des associations, et en réduisant au silence les citoyens qui élèvent la voix en les faisant massacrer ses policiers désormais constitués en véritable garde prétorienne. Chaque jour le gouvernement plus particulièrement le ministre de l’Intérieur criminalise « la pensée » et « l’expression », on se rappellera l’invention de la notion d’écoterrorisme par le ministre de l’Intérieur jamais avare de bons mots. Aujourd’hui le député macroniste s’en prend à un chanteur qui, cerise sur le gâteau, est l’invité star des universités d’été de la France insoumise et d’Europe Écologie les Verts à la fin de l’été et qui se produira également à la Fête de l’Humanité en septembre. D’une pierre deux coups : on attaque un chanteur invité des partis politiques à qui on veut retirer le droit de s’exprimer ! N’y a-t-il pas eu une députée macroniste pour demander la dissolution de LFI : « La députée Renaissance de la 3e circonscription de Paris, Caroline Yadan, a suggéré sur les réseaux sociaux de dissoudre la France insoumise pour lutter contre l’antisémitisme. »

La démarche honnête eût été que si le chanteur Médine tient des propos hors la loi, que la justice soit saisie qui effectuera son travail comme elle le fit pour Dieudonné et d’autres. Mais, Médine est reconnu pour ses textes politiques ou engagés contre l’extrême droite, les violences policières, le racisme (il a notamment été invité à l’École normale supérieure (ENS) en 2021 pour en discuter), il a été invité par Denis Mukwege à la remise de son prix Nobel de la Paix en raison de sa chanson contre l’excision, il a également donné plusieurs conférences à Science Po et participe, plus récemment, à la vidéo de lancement du nouveau maillot de l’équipe de football du Havre, promue en L1 dont le maire est un certain Édouard Philippe ; peut-être est-ce la force de son engagement politique qui dérange la macronie et notamment ses prises de position contre la violence de la police commandée par le ministre de l’Intérieur.

Ces deux « affaires » posent la question de la liberté de penser et de s’exprimer en macronie et montrent outre la soumission extrême des élus macronistes à la parole de Jupiter, l’étroitesse d’esprit et l’inculture de la majorité du personnel politique, biberonné à la doxa des journaux peoples, dont la plupart des membres pourraient concourir pour le prix Nobel de la niaiserie et, notamment pour LFI, participer à un concours de pantomime. Demain, sans doute, verrons-nous apparaître une nouvelle loi sécuritaire (depuis 1981 elles sont difficiles à dénombrer d’autant qu’une remarquable accélération s’est produite dans le vote de ces lois depuis 2015), une loi qui encadrera les thèmes autorisés à faire débat, notamment dans la presse, et indiquant de façon limitative et stricte le vocabulaire autorisé.

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