La chimie, symbole de la panne économique allemande

La chimie, symbole de la panne économique allemande
La chimie, symbole de la panne économique allemande

À Ludwigshafen, les superlatifs sont rois. Le visiteur s’en rend immédiatement compte lorsqu’il franchit les portes du musée consacré à BASF. Depuis sa fondation en 1865, la Fabrique d’aniline et de soude du pays de Bade (BASF en allemand) a fait de cette petite ville de Rhénanie-Palatinat, le cœur battant de la chimie allemande.

Numéro un mondial du secteur, BASF compte 111 000 salariés, dont un tiers, soit 39 000 personnes, travaille sur le site historique de Ludwigshafen, au bord du Rhin, là où circulent d’innombrables péniches chargées de matières premières ou de produits fabriqués sur place. S’étalant sur 10 km2, c’est le plus important site industriel du monde.

Détergents, shampoings, plastiques en tout genre, matériaux de revêtement et d’isolation, engrais… environ 45 000 produits différents sortent des usines BASF. « C’est ici qu’a été testé et perfectionné le “système de production intégrée” (Verbund), qui est la marque de fabrique de la chimie allemande », l’une des bases de sa réussite industrielle.

Un miroir des difficultés de l’Allemagne

Les défis conjoncturels et structurels auxquels le site de Ludwigshafen et la chimie allemande sont confrontés relèvent eux aussi des superlatifs, entre baisse de la demande mondiale, explosion des coûts énergétiques et transition écologique. Troisième secteur industriel et troisième plus gros exportateur d’Allemagne, la chimie est un miroir des difficultés que rencontre la première économie européenne. Selon des chiffres publiés lundi 15 janvier, la croissance économique du pays a baissé de 0,3 % en 2023. Un coup dur pour Berlin, alors que ses voisins européens ont réussi à échapper à la récession.

À l’image de l’industrie nationale, BASF est frappée de plein fouet par les transformations du modèle économique allemand qui, jusqu’à la guerre en Ukraine, se basait sur une énergie bon marché : le gaz et le pétrole russe. Or depuis 2022, les robinets avec Moscou sont en très grande partie fermés. Et BASF, qui utilise le gaz comme produit de base pour sa production et comme énergie, a dû diversifier ses sources d’approvisionnement au prix d’une note très salée.

L’entreprise a dépensé en 2022 deux milliards d’euros de plus en facture de gaz pour ses sites européens que l’année précédente. Touché aussi par l’affaiblissement de la demande mondiale, le leader de la chimie a vu sa production et ses bénéfices décliner, à l’image de tout le secteur : la production chimique, hors produits pharmaceutiques, était en baisse de 11 % l’an dernier.

Suppression de 2 600 emplois à Ludwigshafen

Face à cette situation, BASF a pris des mesures très symboliques, comme la suppression de 2 600 emplois à Ludwigshafen avec la fermeture de l’une de ses deux usines d’ammoniac, un produit de base pour l’industrie européenne. La direction affirme que cette décision n’est « pas un transfert de la production à l’étranger », mais « une adaptation de la production sur le site de Ludwigshafen afin de rester compétitif ».

Autre conséquence de ce changement de paradigme énergétique, le processus de transformation écologique s’est accéléré. Le temps est compté. BASF vise la neutralité carbone pour 2050 et multiplie les projets, notamment à Ludwigshafen. Dans un bâtiment blanc flambant neuf est ainsi testé depuis quelques mois un tout nouveau système d’électrolyse de l’eau. Le but est de produire 8 millions de tonnes d’hydrogène décarboné dès 2025.

Autre innovation : BASF teste un four de vapocraquage, reconnaissable à ses tuyaux jaunes, fonctionnant non pas au gaz mais à l’électricité. Cette usine de démonstration devrait produire 4 tonnes de naphta par heure – un dérivé du pétrole à la base de nombreux autres produits chimiques. « La transition énergétique est l’un des principaux défis de BASF, confirme un porte-parole du groupe. Nous testons et développons sur place à Ludwigshafen de nouvelles techniques. » Pour l’instant, le processus est deux fois moins productif que le système actuel.

La fin du « système intégré »

Autre signe de transformation qui a surpris dans le secteur : la direction a annoncé revenir, en partie, sur son fameux « système intégré » dont Ludwigshafen est le symbole. Le Verbund consiste en un circuit quasi fermé dans lequel les sous-produits issus de la production et les déchets sont réutilisés presque à l’infini, sous forme de matière première ou d’énergie.

À Ludwigshafen, le cœur de ce système est constitué par deux immenses vapocraqueurs chargés de transformer le naphta en produits de base tels que l’éthylène et le propylène, eux-mêmes dispatchés dans les 200 installations du site grâce à un impressionnant réseau de tuyaux aériens. Or, rupture qualifiée d’ « historique » par les observateurs du secteur, BASF a annoncé vouloir faire sortir de ce système trois de ses activités phares, l’agriculture, les matériaux pour revêtements et ceux pour batteries électriques. Si l’objectif est de gagner en flexibilité, les syndicats redoutent la « fin d’un système à succès ».

L’une des pierres angulaires de l’industrie allemande

Entre faiblesses conjoncturelles et défis structurels, les problèmes rencontrés par BASF donnent donc des sueurs froides à un pays où la chimie est à la base d’une longue chaîne de valeur qui a fait sa réussite depuis cent cinquante ans. En 2022, lors d’une visite sur un site de BASF, le chancelier Olaf Scholz avait souligné que la chimie se trouve « au cœur de la culture allemande ». « C’est en effet l’une des pierres angulaires de notre industrie et de sa transformation énergétique, confirme Carola Dittmann du syndicat IGBCE. ll serait inconcevable que nous devenions un pays importateur de produits chimiques. »

Chez BASF toutefois, on écarte les scénarios catastrophistes qui évoquent des délocalisations et une désindustrialisation rampante. « Nous sommes convaincus que toutes les mesures que nous prendrons renforceront la performance et la résistance du site de Ludwigshafen à long terme, assure un porte-parole. Au cours de l’histoire de BASF, Ludwigshafen a toujours su s’adapter aux besoins du marché. »

Des coûts de l’énergie très élevés

Ces efforts iront-ils toutefois assez vite pour que BASF et la chimie allemande restent compétitives, face à des pays aux coûts énergétiques trois (États-Unis) à cinq (Chine) fois moindres ? La puissante fédération de la chimie (VCI) ne cache pas ses doutes. « La demande mondiale va repartir mais à quelle hauteur l’industrie allemande en profitera-t-elle ? », s’est demandé son patron, Markus Steilemann, devant la presse en décembre 2023.

Une des pistes que BASF ne compte en tout cas pas délaisser reste celle de la Chine. Si la demande y est actuellement ralentie et si la classe politique allemande demande à ses entrepreneurs de réduire leurs risques dans ce pays, BASF vient d’y ouvrir une toute nouvelle usine intégrée, pour un montant de 10 milliards d’euros. Le plus important investissement pour un site unique au cours des près de cent soixante ans d’histoire du groupe. Qui a également annoncé, le 20 décembre dernier, que l’actuel chef de la région Asie, Markus Kamieth, prendrait fin avril la présidence du directoire. Là aussi, tout un symbole.

L’Allemagne en récession en 2023

L’économie allemande a enregistré une récession en 2023, avec un recul de 0,3 % de son produit intérieur brut (PIB), selon des données corrigées des variables de prix, dévoilées lundi 15 janvier par l’Office national des statistiques Destatis. Cela s’explique par la hausse du coût de l’énergie, les taux d’intérêt élevés et le ralentissement de la demande extérieure, qui affaiblissent sa puissance industrielle et ses exportations. En 2022, le pays avait enregistré une croissance de 1,8 %.

La première économie européenne fait nettement moins bien que la moyenne de l’UE, qui devrait atteindre une croissance de 0,6 % en 2023, avec des hausses marquées pour la France, l’Espagne ou l’Italie.

Cette récession est une mauvaise nouvelle pour le gouvernement d’Olaf Scholz déjà aux prises avec une impopularité record et une multiplication des revendications sociales. L’économie allemande est plombée par la crise de son puissant secteur industriel, qui représente environ 20 % de la richesse produite, dont la production reste inférieure de plus de 9 % à son niveau d’avant Covid-19.

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